Dans ce court essai, écrit en mars 2020, l’autrice Ruth Smith se penche attentivement sur un seul tableau de notre exposition Reflections : Devil’s Island (2017) de Paul Newman, une œuvre en technique mixte de 34 x 27 cm. C’est un bel exemple de tout ce qu’un petit tableau peut contenir, et de la manière dont un regard lent et attentif peut l’ouvrir.
Devil’s Island de Paul Newman (2017).
L’œuvre saisit l’instant où la foudre frappe une île, semblant fissurer le ciel gris et menaçant. Un canard effarouché jaillit des broussailles, saisi par le soudain coup de tonnerre que l’on croit presque entendre en regardant les vifs filaments électriques qui touchent le sol. Le canard est blanc et se détache sur les verts sombres et terreux, faisant écho à l’éclair blanc qui zèbre les nuages lugubres. Pourtant, si l’éclair est peint avec précision, le canard apeuré est rendu par d’épais empâtements, qui se dissolvent presque dans une tapisserie confuse de plaques de peinture à demi mélangées, pressées sur environ la moitié de la toile. La jonction entre le ciel peint en aplat et les reliefs de matière est d’une brusquerie saisissante, comme si un épais rideau pictural avait été tiré à demi sur la scène. Une forme de mue est à l’œuvre : l’éclair qui effraie et pourtant illumine, la panique et la confusion qui obscurcissent, puis cèdent. L’effet est troublant. Le lieu physique de la crise, l’éclair, paraît froid, limpide, objectif et inflexible. Mais le tourbillon de matière picturale expressive, confuse, presque rageuse, qui encadre l’événement central est peut-être plus chargé encore de douleur et de violence. Il y a là une disjonction, accentuée par les différentes manières de poser la peinture : la dissonance entre le réel et le perçu, et la confusion déroutante et passagère de la crise.
Ruth Smith, mars 2020.Reflections réunissait des œuvres de Ben Westley Clarke, Oliver Dorrell, Joana Galego et Paul Newman. Découvrez d’autres tableaux de Paul Newman dans sa collection et apprenez-en davantage sur lui sur sa page d’artiste. Si vous souhaitez voir ses œuvres en personne à la galerie de Stroud, n’hésitez pas à nous contacter.