La plupart d’entre nous se souviennent de la première image qu’ils ont vraiment aimée. Peut-être était-ce une affiche sur le mur d’une chambre, un tableau dans un couloir d’école, ou quelque chose entrevu lors d’une visite en famille dans une galerie, que nous ne comprenions pas tout à fait mais que nous ne pouvions cesser de regarder. Si vous retourniez voir cette image aujourd’hui, vous l’aimeriez peut-être encore. Mais vous l’aimeriez presque certainement autrement. L’image n’a pas changé. Vous, si.
Ce simple fait est l’une des joies discrètes de la vie avec l’art, et c’est une chose à laquelle nous pensons beaucoup chez Aleph. On parle souvent du choix d’une œuvre comme s’il s’agissait d’une décision unique, prise une fois pour toutes. D’après notre expérience, cela ressemble davantage à une longue conversation, et la personne de votre côté ne cesse de grandir.
Les jeunes yeux cherchent à se reconnaître
Jeunes, nous avons tendance à vouloir un art qui nous renvoie notre propre reflet. Nous sommes attirés par des images qui semblent dire qui nous sommes, ou qui nous aimerions être : des couleurs audacieuses, des affirmations fortes, des images qui correspondent à une humeur, à une conviction ou à un morceau de musique que nous ne pouvons nous empêcher d’écouter en boucle. Cela n’a rien de superficiel. Découvrir qui l’on est est une affaire sérieuse, et l’art est l’un des moyens par lesquels on y parvient.
À ce stade, un tableau peut ressembler à un drapeau. Nous l’accrochons pour montrer où nous nous situons. Nous voulons qu’il soit remarqué, et nous voulons qu’il soit d’accord avec nous.
Plus tard, nous commençons à chercher de la compagnie
Quelque chose change au fil des années. La vie se remplit de travail, de relations, de maisons, d’enfants, de pertes et de secondes chances. Beaucoup de gens constatent que l’art qu’ils veulent autour d’eux passe de quelque chose qui proclame à quelque chose qui leur tient compagnie. Ils veulent une image aux côtés de laquelle vivre pendant des années, une image qui aura encore quelque chose à dire un mardi matin ordinaire comme lors d’une occasion spéciale.
C’est souvent à ce moment que l’on découvre le plaisir des œuvres plus lentes : un paysage qui récompense un deuxième et un troisième regard, une nature morte qui semble retenir son souffle, une peinture abstraite dont la couleur change avec la lumière au fil de la journée. L’attrait n’est plus la reconnaissance immédiate. C’est le sentiment que l’œuvre recèle des profondeurs que vous n’avez pas encore atteintes.
L’expérience change ce que nous pouvons voir
Ce n’est pas un hasard si le tableau d’une pièce vide, d’un champ en hiver ou d’un visage âgé peut signifier tellement plus pour quelqu’un d’une soixantaine d’années que pour quelqu’un d’une vingtaine. Nous apportons notre propre vie à chaque image que nous regardons. Une fois que l’on a connu un vrai chagrin, une peinture sur l’absence se lit autrement. Une fois que l’on a vu grandir ses propres enfants, le portrait d’un jeune porte une tendresse que l’on n’avait peut-être pas remarquée auparavant. Une fois que l’on a parcouru le même coin de campagne pendant trente ans, un paysage cesse d’être une vue pour devenir une sorte de souvenir.
Rien de tout cela ne se trouve dans la peinture elle-même. C’est la rencontre entre l’œuvre et la personne qui se tient devant elle, et cette rencontre s’approfondit à mesure que nous accumulons de l’expérience. En ce sens, des yeux plus âgés ne sont pas des yeux fatigués. Ce sont souvent des yeux bien plus riches.
La patience devient un plaisir
En vieillissant, beaucoup deviennent plus patients avec un art qui ne se livre pas immédiatement. Un spectateur plus jeune passera peut-être devant une toile calme et sourde en cherchant quelque chose de plus éclatant. Quelqu’un qui a plus d’années derrière lui est souvent heureux de rester immobile, de laisser l’œil se poser et d’attendre que l’image s’ouvre.
C’est l’un des grands cadeaux de l’âge en matière d’art. Nous cessons d’avoir besoin d’être impressionnés et commençons à vouloir être émus, apaisés ou doucement surpris.
Le même tableau, des décennies différentes
L’une des meilleures raisons d’acheter une œuvre originale que vous aimez, plutôt que de courir après ce qui est à la mode, est qu’elle traversera votre vie avec vous. Un tableau acheté dans la trentaine sera peut-être celui que vous redécouvrirez dans la cinquantaine, lorsque vous verrez enfin, dans un coin, la touche de couleur sur laquelle l’artiste a manifestement passé des heures. Un dessin offert en cadeau de mariage peut signifier une chose la première année du mariage et quelque chose de bien plus profond vingt-cinq ans plus tard.
Une bonne œuvre d’art ne s’use pas. Au contraire, elle avance à votre rythme. C’est pourquoi nous suggérons souvent de choisir avec le cœur plutôt qu’avec la tête, puis de laisser du temps à l’œuvre. Vous ne l’achetez pas seulement pour la personne que vous êtes aujourd’hui. Vous l’achetez pour chaque version de vous-même qui vivra avec elle.
Regarder en arrière avec bienveillance
Il vaut la peine d’être indulgent envers l’art que nous aimions plus jeunes. Ces œuvres ont fait leur travail. Elles nous ont aidés à comprendre ce qui comptait pour nous. Beaucoup de gens constatent qu’en vieillissant, ils reviennent vers leurs premières amours avec une tendresse nouvelle, y voyant quelque chose de la personne plus jeune qu’ils étaient.
Le goût ne s’améliore pas simplement avec le temps, comme s’il y avait une échelle à gravir. Il s’élargit. Nous acquérons la capacité d’apprécier davantage de formes d’art, et non moins. Celui qui ne voulait autrefois que de l’abstraction éclatante trouvera peut-être, plus tard dans la vie, de la place pour une aquarelle tranquille, et l’amateur de paysage traditionnel pourra soudain trouver qu’une toile contemporaine audacieuse lui parle comme jamais auparavant.
De l’art pour chaque étape de la vie
Nous avons déjà écrit sur les raisons pour lesquelles l’humanité a toujours eu besoin de l’art. Une partie de la réponse, selon nous, est que l’art nous rejoint là où nous en sommes. Il offre de la reconnaissance quand nous sommes jeunes, de la compagnie quand nous nous posons, et de la profondeur à mesure que nous vieillissons. Peu de choses dans une maison peuvent faire les trois.
Si vous souhaitez en faire l’expérience par vous-même, le mieux est tout simplement de venir voir. Notre prochaine exposition, PAINTINGS feat. MEADOW 100 by Mark Stopforth, ouvre par un vernissage le vendredi 6 novembre, de 18 h à 20 h, et se poursuit jusqu’au samedi 28 novembre. Prenez votre temps et remarquez quelles œuvres retiennent votre attention. Vous vous surprendrez peut-être à être attiré par quelque chose devant lequel vous seriez passé sans vous arrêter il y a dix ans.
La galerie est toujours ouverte les vendredis et samedis, et à d’autres moments aussi, mais mieux vaut appeler à l’avance pour vérifier. Quel que soit votre âge, et quoi que vous ayez aimé auparavant, une image vous attend qui grandira à vos côtés.