Il est facile de penser que l’art est accessoire, un luxe superflu, qu’il ne sert à rien, qu’il ne fait rien et qu’il n’est qu’un pur gaspillage d’argent. Consciemment ou non, beaucoup aboutissent à cette conclusion en apparence logique, mais voici ce qui leur échappe :
L’art est « utile » à bien des égards. Il rassemble, il mobilise, il inspire, il témoigne, il interroge, il critique. J’irais pourtant plus loin : l’art est nécessaire, et il l’est précisément parce qu’il est superflu. Traitez-moi de rêveuse, mais la vie ne se résume-t-elle vraiment qu’à rester au chaud, au sec et le ventre plein ? Si cela vous fait soupçonner en moi une personne trop bien installée, peu sensible à ceux qui tiennent à peine le coup, rappelez-vous que les plus grands mouvements artistiques sont nés des luttes les plus profondes. Peut-être cela montre-t-il combien l’art compte davantage dans les temps de détresse, et combien il a moins de sens pour ceux qui ont tout. L’art nous relie à ce que signifie être humain et crée un espace où partager toute l’étendue de cette expérience. Cette année, à la London Art Fair, l’hommage d’Aleph Contemporary à bell hooks s’émerveillait de voir combien le domaine subjectif du ressenti est un langage universel, partagé par tous. Être humain, c’est bien plus que survivre et accumuler des biens. C’est vivre la joie, le chagrin, la paix, la peur, l’amour, la colère et la compassion.
L’art contemporain est l’expression de cette expérience humaine dans son rapport à l’ici et maintenant. Il dépasse les préjugés utilitaristes et nous relie au présent de manière ouverte et libre, en nous engageant dans un dialogue auquel nous pouvons prendre part. C’est ce qui lui donne son pouvoir d’émancipation, et ce qui le rend dangereux pour les structures de pouvoir. Il n’est pas étonnant que les régimes autoritaires aient, au fil de l’histoire, réprimé l’art « dégénéré ». L’art proteste contre cela et proclame la liberté. Comme l’a dit un jour Paula Rego : « L’art est le seul endroit où l’on peut faire ce que l’on veut. C’est ça, la liberté. »
L’art contemporain est pertinent, actuel, passionnant, important, et il nous engage dans ce que signifie être humain aujourd’hui. C’est nous qui faisons l’histoire : voilà pourquoi nous devons participer au présent.
~ Ruth Helen Smith, juin 2022.
Jaime Valtierra, It Was Real Many Times Over (Victoria Park), 2021