
Les peintures et les dessins de Christy Burdock parviennent à fondre le particulier dans le général. Son travail ne cesse de jouer, oscillant entre suggestion, attente et association. Avec goût, sensibilité et un sens aigu des types, l’œuvre opère un mouvement de recul : de la représentation d’une situation générale à la peinture d’un véritable
portrait. Lors de ses visites à la Chambre des communes, en tant que « chercheuse » et « dessinatrice », Burdock adorait observer la manière dont les journalistes interagissaient avec les députés. « Accro à l’actualité », elle dit avoir pu observer leurs corps avec « une réelle intuition de la façon dont le monde bouge ». Ainsi, si l’on perçoit parfois à tort le travail de Burdock comme purement illustratif, ceux qu’elle cherche à représenter imaginent aussi l’artiste innocente. L’imagerie qui en résulte, en particulier celle des femmes qui restent cachées, renforce l’idée que personne n’est jamais vraiment capable de se reconnaître.
Une redoutable capacité à incarner quelque chose par la perception, le toucher et la compréhension est rarement envisagée à l’avance.
Les peintures récentes de Burdock semblent explorer le revers de la vertu. Elle est fascinée, entre autres, par la façon dont un individu peut être tenu par les comportements, l’influence et les attentes au sein d’un groupe.

The Puritans. 2019
Sinistres mais ternes, « The Puritans » dégagent une aura particulière. Ils regardent une jeune femme, objet de leurs bonnes intentions apparentes, se faire gravement déstabiliser. Plus que passive-agressive, cette figure presque effondrée au premier plan devient vite aussi invisible que l’artiste qui aurait pu être appelée pour observer. Lorsque Burdock se confronte à une situation, elle ne peut s’empêcher d’évoquer les conditions qui façonnent les traumatismes personnels et politiques. Les rues vides et les rideaux qui frémissent, pris dans des couches de matière diaphane, fondent l’anecdotique dans l’iconique. Un corps-ballon aux pupilles sombres et perçantes se penche, se déplace et contient un objet d’attention. À rebours du courant, l’œuvre trahit toutefois une certaine perversité. L’artiste se frotte à l’orientation libérale du jeu, par sa sympathie pour ce qui est caché et pour les comportements repliés sur eux-mêmes.
L’exposition Politics, Sex and Religion se distingue notamment parce qu’elle se compose de peintures plutôt que de dessins. Burdock y présente un large éventail de préoccupations et d’expériences, au-delà d’un seul lieu de travail. Si les institutions doivent s’examiner elles-mêmes et prêter attention à leur manière d’agir, une incapacité fatale à changer rôde tout près. Burdock insuffle à la peinture le sentiment d’un lieu métaphorique et espère que quelque chose ou quelqu’un pourra être libéré. Lorsque le dessin, à la limite de la caricature, cesse d’être illustratif, la peinture parvient à incarner une atmosphère encore plus palpable. La première strophe de Who Has Seen the Wind? de Christina Rossetti – « Qui a vu le vent ? Ni toi ni moi. Mais là où les feuilles tremblent, le vent passe » – peut être lue comme une allusion aux effets invisibles du contrôle et des comportements.

Who has seen the wind ? 2019
Malgré le désir de laisser derrière elle ses œuvres passées, ce travail reste dans une certaine mesure tributaire de l’attente de révéler cette vérité cachée sous la surface. Qu’elle porte une atmosphère ou semble dissimuler ce que l’on sait, une peinture ne peut que cheminer aux côtés des complexités de la vie. Ainsi, loin de toute fraîcheur, ce distillat de temps et d’expérience renferme une concentration délibérée d’événements. Les figures en suspens restent figées, presque enracinées dans les structures physiques et formelles de l’histoire.
Sacha Craddock