Entretien avant l’exposition : visite de l’atelier de Bob Davison

Pre Exhibition Interview with Bob Davison Studio Visit
Niché au cœur de son jardin du Gloucestershire, l’atelier de Bob Davison dégage une énergie sereine. Avec ses grandes portes vitrées qui encadrent d’imposants arbres remarquables, l’espace prolonge la philosophie de l’artiste : une fusion de la nature, de la science et de la perception visuelle des formes abstraites. Le travail de Davison, peintures comme dessins, évolue de l’observation attentive vers des interprétations abstraites, reflétant la nature fugace et insaisissable de la perception.
 
Cette visite d’atelier a été réalisée en vue de la prochaine exposition personnelle de Davison, About Looking, à Aleph Contemporary à Stroud. L’exposition se tiendra du 7 février au 22 mars 2025 et offrira au public l’occasion de découvrir l’exploration singulière que Davison mène du monde naturel.
 
 
 

Du romantisme à l’abstraction

 
Né à Worstead, dans le Norfolk, Bob Davison a commencé son parcours artistique avec l’ambition de devenir le meilleur paysagiste romantique du pays, inspiré par ses racines norfolkaises. Ses premières œuvres s’appuyaient largement sur la tradition d’artistes comme Cotman et Turner. Mais au fil de sa formation, d’abord au West Surrey College of Art and Design, puis à la Chelsea School of Art, son approche a évolué.
 
« La grammaire de l’art et de la peinture, confie-t-il, m’a ouvert à de nouvelles perspectives, en particulier à la peinture abstraite américaine du milieu des années 1970. » Des influences comme Mark Rothko, Barnett Newman et Frank Stella ont transformé sa compréhension de la forme et de la perception. Cette transition l’a conduit à explorer l’abstraction géométrique, créant des œuvres à double lecture, où surfaces et espaces peuvent s’interpréter de multiples façons.

Davison décrit son processus créatif comme un cheminement. « On part d’une idée, mais en chemin, il se produit toujours quelque chose d’inattendu. C’est comme une promenade : ce que l’on découvre en route peut être plus intéressant que ce que l’on était parti voir. »

 

 
 

Une démarche ancrée dans l’expérimentation

 
Toutes les œuvres de Davison sont réalisées à l’acrylique, qu’il apprécie pour sa polyvalence et sa durabilité. Il utilise également une acrylique suisse singulière, redissoluble, qui lui permet de la travailler comme une aquarelle. «

Elles sont très transparentes mais ont un fort pouvoir colorant

, et j’aime travailler sur papier pour son pouvoir absorbant et sa souplesse, explique-t-il. On peut le recadrer ou en faire des collages, même si je le fais rarement, sauf lors d’étapes provisoires. »
 

Davison privilégie des papiers moulés de grande qualité, comme le Fabriano Rosaspina ou l’Arches Lavis Fidelis, qui offrent une surface à la fois robuste et nuancée. Ses œuvres vont de petits formats (10 sur 8 pouces) à de grandes compositions atteignant deux mètres de large. Si elles commencent souvent par des lavis dilués rappelant l’aquarelle, elles se construisent ensuite en couches de peinture épaisses.

 
« Il y a un contraste entre des gestes rapides et des processus très délibérés et lents, confie Davison. On pourrait croire que c’est fait rapidement, mais beaucoup d’œuvres prennent longtemps, avec des journées entières entre les étapes. C’est très proche de la gravure : la superposition des couches et la remise en question à chaque étape. » Cette démarche minutieuse brouille souvent la frontière entre spontanéité et préméditation, et engage le spectateur dans des strates de sens et de détails.
 

Son processus recourt à toutes les ficelles du métier, y compris des techniques expérimentales et improvisées. Une vaste gamme de pinceaux et d’outils peut servir à appliquer la peinture. Celle-ci est posée en lavis, en glacis et en empâtements. Divers médiums et pigments sont employés. La peinture peut être brossée, pulvérisée ou effacée. Les surfaces peuvent être construites lentement et méticuleusement, ou sorties de l’atelier pour être arrosées au jet dehors. Ces méthodes produisent des surfaces complexes qui invitent à une observation prolongée. « Plus on regarde, plus on voit », remarque-t-il.

 
 

Une carrière jalonnée d’étapes marquantes

 

La carrière de Davison s’étend sur plusieurs décennies et témoigne d’un engagement à la fois envers la pratique et la pédagogie. À l’issue de ses études, il a obtenu une Fellowship à la Cheltenham School of Art, un poste qui lui a permis d’affiner sa voix artistique tout en accompagnant de jeunes talents. Cette résidence a marqué le début de son exploration du double rôle de créateur et d’enseignant.

 

En 1981, Davison s’installe à Londres, où il partage son temps entre l’enseignement à temps partiel et un travail dans des galeries prestigieuses comme Waddington’s et Alan Cristea. Il y assure le commissariat et l’accrochage d’expositions et travaille en étroite collaboration avec des collectionneurs, ce qui l’expose à un large éventail de styles et de pratiques artistiques. « J’ai sans doute vu plus d’art que quiconque à cette époque, se souvient-il. Manipuler des œuvres d’artistes renommés, parfois même inachevées, m’a énormément appris sur le processus et l’expérimentation. »

 

Cette période a été déterminante pour asseoir la réputation de Davison dans le monde de l’art. Sa profonde connaissance de la peinture et son œil méticuleux lui ont valu des postes de conseiller auprès de collectionneurs privés et d’entreprises, dont Simmons & Simmons et la Bank of Switzerland.

 

Les occasions d’exposer ont rapidement suivi : les œuvres de Davison ont été présentées dans des lieux réputés tels que la Royal West of England Academy à Bristol, le National Botanic Garden of Wales et le Museum in the Park à Stroud. Ses peintures figurent dans des collections publiques, notamment celle du Gloucester Royal Hospital, ainsi que dans de nombreuses collections d’entreprises et privées au Royaume-Uni et au-delà.

 
 

Perspectives

 
Désormais retraité de l’enseignement, Davison se consacre entièrement à la peinture. Son atelier, entouré d’un jardin foisonnant d’arbres remarquables et d’arbustes rares, demeure un sanctuaire d’expérimentation et de réflexion. « Le jardin est une source d’inspiration constante, remarque-t-il. C’est un vocabulaire vivant de formes, de motifs et de couleurs qui évoluent au fil des saisons. »
 
Pour Davison, l’art ne consiste pas à entrer dans une catégorie, abstraite ou figurative, mais à explorer la manière dont nous voyons et vivons le monde. Sa prochaine exposition, About Looking, incarne cette éthique avec des œuvres qui défient la perception et récompensent l’observation attentive.
 

Comme il le dit : « Tout est question de regarder et de voir, de voir vraiment, et de découvrir à quel point cette expérience est riche, surprenante (et complexe). »

 

ABOUT LOOKING, Bob Davison à Aleph Contemporary, Stroud.

Du 7 février au 22 mars 2025

Ouvert le vendredi et le samedi de 10 h à 16 h, et à d’autres moments

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